Nose Wheeling - photo : Alex Pires

12 questions : Luidgi Gaydu

« Quand je me lève le matin, j’ai toujours envie d’aller rouler »

Tu viens de Guyane ou de Guadeloupe ?

J’ai vécu en Guyane, mais je suis d’origine guadeloupéenne. Je suis né en France, j’ai vécu en Guyane pendant six ans, et en Guadeloupe six ans… J’ai commencé le skate en Guyane en 1985.

Comment est le skate en Guyane, à l’époque ? Tu penses que c’est plus développé qu’en Europe ?

C’est plus proche des Etats-Unis. En Guyane, il y a un coin qui s’appelle la Cocoteraie que les gens du monde entier assimilaient à une plage de Californie. Et comme il y a le Centre National d’Etude Spatiales à Kourou, beaucoup de gens venaient de la métropole pour travailler et notamment les gens de la Côte : des surfers de Biarritz, etc. Donc il y avait une énorme scène surf et planche à voile… Et puis il y avait les enfants qui faisaient du skate. Les premiers skaters que j’ai vu, c’était Stéphane Dupuis et Lilian Cukrowski dont les parents travaillaient à la base. Je pense que c’est par leur intermédiaire que le skate est arrivé en Guyane. (…) En une année, le skate est devenu gros, mais ce qui nous influençait, c’était pas la France, c’était Miami ou San Francisco. C’était plus près de nous.

Ca représentait combien de skaters, la scène ?

On était une quinzaine au début et au bout de trois ans on était quarante, ce qui était beaucoup pour une petite ville comme Kourou. Il y avait juste un magasin de jouets qu’on avait dû éduquer pour qu’il commande notre matos à San Francisco ! Sinon, de temps en temps, on se commandait une planche chez Hawaii Surf quand on avait les moyens !

C’était quoi, ta première board ?

Une Lester Kasai. Avant ça, j’ai skaté avec une Rollet qui avait des roues jaunes avec laquelle j’ai appris à faire le ollie.

T’es allé où, après la Guyane ?

En Guadeloupe. Là-bas le skate n’était pas aussi développé. C’était plus les influences du surf ou les clips de rap… Mais j’ai continué à skater. Pendant un an j’ai skaté avec des mecs à Pointe-à-Pitre, et puis j’ai arrêté pendant quelques mois. Il n’y avait plus de motivation, c’était l’époque des petites roues, des pantalons énormes, des Airwalk jaunes… Et puis en 93, j’ai eu de nouveau envie, surtout parce que je me faisais chier, en Guadeloupe !

Et New York ?

C’est le skate qui m’a fait atterrir à New York, par le biais de la musique. J’ai fait un premier voyage juste pour aller acheter des disques, et c’est là que j’ai rencontré Shirley, avec qui je vis depuis 21 ans et avec qui j’ai eu un enfant. Elle vivait là-bas et j’ai fini par m’y installer. C’est là que je suis retombé à fond dans le skate. (…) Le premier gars que j’ai rencontré, c’est Akira Mowatt à Union Square. Et puis ensuite Mike Connolly, Jamie Story, Gio Estevez…

C’est l’époque post-‘Kids’ où New York commençait à être très exposée, avec aussi ZooYork…

Oui, ZooYork explosait, et puis il y a eu toutes ces petites marques : Brooklyn Boards, Capital, Shaolin… Il s’est passé un paquet de trucs qui ont rendu la ville vraiment brillante, par une culture différente que celle du hip-hop. (…) J’ai un peu tendance à dire que New York a apporté quelque chose de nouveau dans le skate, avec notamment Keith Hufnagel, Keenan Milton… (…) Ce qui est sûr, c’est que je ne regardais plus du côté de la Californie, j’étais concentré sur ce que je voyais autour de moi.

Qu’est-ce qui t’a fait revenir à Paris ?

C’est le 11 septembre 2001. Entre cette date et jusqu’à ce que je revienne à Paris en 2003, les opportunités de travail diminuaient. Avant, j’étais DJ dans des restaurants deux fois par semaine, coursier, et ça devenait de plus en plus difficile. Alors, comme ma fille allait entrer au CP, j’ai décidé de venir à Paris.

Tu connaissais du monde à Paris ?

Je connaissais Ludovic Etils et Harold Urcun (de Ill Studio aujourd’hui), que j’avais connu en Guadeloupe. C’est lui qui m’a présenté à Léo Verhnet et Nicolas Malinowsky. C’est eux qui m’ont montré comment était le skate en France… Un jour je leur ai dit qu’un skateshop venait d’ouvrir en face de chez moi. C’était Nozbone. Quelques mois plus tard, j’y travaillais.

Quel est ton job, aujourd’hui ?

Le titre de mon job, c’est Lead Ambassador. C’est à dire que je m’occupe de tous les ‘ambassadeurs’ skate de chez Converse à travers l’Europe. C’est moi qui gère les voyages, les riders, etc.

J’ai l’impression que tu skates tous les jours…

J’essaye. Quand je me lève le matin, j’ai toujours envie d’aller rouler. A part embrasser ma femme et ma fille, c’est la première chose que j’ai envie de faire le matin. Juste rouler 10 minutes avant d’aller au boulot… Donc, oui, je suis souvent sur ma board. Pas tous les jours, mais souvent…

C’est quoi le secret à 44 ans ?

Je n’ai pas grandi en France, je n’ai pas eu la même éducation, je n’ai pas mangé les mêmes choses… J’ai passé mon enfance à me baigner dans la mer, j’ai mangé du poisson et des produits du jardin, je pense avoir eu une vie plus saine. Et puis dernièrement, j’ai pris conscience de certaines choses qui étaient importantes pour pouvoir skater quelques années sans souffrir, grâce à ma femme qui a passé son diplôme de naturopathie. Je pense que l’alimentation joue énormément sur le comportement de ton corps. Il faut s’éduquer, choisir sa voie, et surtout écouter son corps. C’est sûr qu’en tant que skaters, on n’est pas les meilleurs athlètes mais il arrive toujours un moment où on se réveille et où on prend conscience qu’il faut s’entretenir. Donc quand j’ai 5 minutes, j’essaye de faire des étirements, de prendre le temps de prendre soin de moi, et d’aller moins au bar !

Backside Wallride - photo : David Turakiewiscz Wallie Boardslide - photo : David Turakiewiscz Backside Wallride - photo : Alexandre Pires

Sponsors : Acapulco Gold, Quota, Quotamine, Nozbone depuis 2003.
Né le 25/04/1973 à Evry

Interview réalisé par: